Rôle du cerveau dans l’amblyopie

 

Explication de cette cause de malvoyance

L’amblyopie est une réduction des fonctions visuelles sans que cela soit directement attribué à une anomalie structurelle de l’œil ou des voies visuelles postérieures. Elle est due à une anomalie de la vision binoculaire pendant l’enfance, définit comme l’âge critique, ce qui empêche un développement normal du système visuel au sein du cerveau. Un principe généralement admis est qu’une thérapie n’est efficace que pendant l’âge critique, qui se termine normalement aux alentours de 8-9 ans (Greenwald & Parks, 1999; Prieto-Diaz, 2000; von Noorden, 1981). Or, des modifications corticales peuvent parfaitement s’opérer à tout moment dans le système visuel du fait de la plasticité cérébrale. La thérapie pour l’amblyopie est donc traditionnellement tournée vers les enfants et consiste à pénaliser l’œil préféré par un cache œil ou de l’atropine. Ainsi, cela contraint le cerveau à utiliser les données visuelles de l’œil souffrant d’amblyopie.

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Port d’un cache chez l’enfant

Solution pour les amblyopes adultes : utilisation de la plasticité neuronale

Chez l’adulte, on considère que les déficiences sont irrémédiables passée la dizaine d’années, une fois la période de maturation développementale terminée ; le traitement habituel n’est donc pas proposé aux adultes. Toutefois, une récupération des fonctions visuelles chez les adultes atteints d’amblyopie après une thérapie par occlusion (Birnbaum, Koslowe, & Sanet, 1977; Simmers, Gray, McGraw, & Winn, 1999; Wick, Wingard, Cotter, & Scheiman, 1992) ou après la perte de vision du “bon œil” (El Mallah, Chakravarthy, & Hart, 2000) ont été démontrées.

Les preuves de la plasticité après apprentissage perceptuel chez les amblyopes adultes furent montrées par une série d’études contrôlées datant des années 90. La première étape utilisait les exercices d’entrainement aux tâches de l’acuité vernier (Levi & Polat, 1996 ; Levi, Polat & Hu, 1997b). Une répétition suffisante des exercices avait permis une amélioration substantielle dans l’acuité vernier de l’amblyopie chez l’adulte. Dans deux cas, l’amélioration de l’acuité vernier avait été accompagnée d’une amélioration proportionnelle de l’AV atteignant un niveau normal. Ces études avaient apporté l’espoir prometteur d’un futur traitement de l’amblyopie fondée sur l’apprentissage perceptuel.

Des études récentes ont mis en évidences de nouvelles preuves de la plasticité chez les adultes atteints d’amblyopie. (Chung, Li, & Levi, 2006; Fronius, Cirina, Cordey, & Ohrloff, 2005; Fronius, Cirina, Kuhli, Cordey, & Ohrloff, 2006; Levi, 2005; Li & Levi, 2004; Polat et al. 2004; Zhou et al. 2006).

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Amélioration des interactions latérales dans le cerveau dans les cas d’amblyopie

Les personnes atteintes d’amblyopie montrent des interactions latérales anormales (Bonneh et al., 2004, 2007 ; Ellemberg et al., 2002 ; Levi et al., 2002 ; Polat, 2006, 2008 ; Polat et al., 2004). Ces fonctions latérales induisent une optimisation de la vision par une meilleure réceptivité du cortex visuel primaire et des aires visuelles secondaires. Les fonctions d’interactions latérales chez les amblyopes n’ont pas montré de facilitation au début du traitement RevitalVision et, en réalité, ont même augmenté le nombre de suppressions. Cependant, après le traitement, le nombre de suppressions a été réduit de façon significative jusqu’à atteindre un niveau normal (Polat, 2008 ; Polat et al., 2004). Cette étude révèle ainsi que l’on peut stimuler les neurones du cortex visuel en renforçant les interactions latérales afin d’améliorer l’interprétation de l’image perçue.

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Amélioration des Fonctions de SC et de l’AV du cerveau dans les cas de patients amblyopes

Dans l’étude de Polat et al. (2004), les yeux amblyopes montrent une SC typiquement basse avant le traitement, comparé à une vue normale, avec une basse fréquence spatiale, près des valeurs normales, et une haute fréquence spatiale montrant un plus grand déficit. Le traitement a apporté une amélioration significative de la sensibilité, d’un facteur deux environ, dans toutes les fréquences spatiales. Cela, y compris dans les gammes de hautes fréquences, augmentant les fonctions au niveau des gammes de fréquences (plus basses) normales. Plus intéressant encore, après 12 mois, les FSC n’étaient pas seulement intactes mais avaient également continué à augmenter vers une gamme moyenne dans les hautes fréquences spatiales. Ce résultat suggère que les hautes fréquences spatiales sont utilisées après le traitement dans les taches journalières et sont ainsi naturellement exercées.

Il a été prouvé que l’AV s’était améliorée après l’entrainement sur la détection de contraste chez les personnes atteintes d’amblyopie (Polat et al., 2004), d’amblyopie anisométropique (Huang et al., 2008 ; Zhou et al., 2006), et après entrainement sur l’acuité vernier (Levi & Polat, 1996 ; Levi, Polat & Hu, 1997a).

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Transfert des améliorations vers la vision binoculaire

Dans les études de Polat et ses collègues, le deuxième œil était couvert pendant le traitement. Ainsi le traitement était monoculaire, ciblant l’interaction latérale anormale de l’œil amblyope. De façon surprenante, après traitement, les fonctions binoculaires s’étaient améliorées et indiquaient que la fusion binoculaire et l’acuité stéréo s’étaient également améliorées (Polat, 2006, 2008). Des études rétrospectives montrèrent également une amélioration significative de l’acuité stéréo.